FELIX ET L'ECO-PARTICIPATION
Félix
est cuisiniste depuis 50 ans dans la petite bourgade de Bois-Monté.
Son père était menuisier, mais c’est lui, après
maints combats, qui a imposé l’idée de devenir
commerçant.
Il connaît presque toutes les familles qui composent les 5 000
habitants. Dans bien des cas, il a vendu leur premier buffet de cuisine
aux grands-parents, après la guerre. Il a vu grandir ceux qui
sont à leur tour devenus parents et ils sont venus chez lui
choisir leur première cuisine. Comme tous ceux de sa génération,
il a surfé sur la vague de la montée de la cuisine,
mais il a toujours voulu rester indépendant et a su résister
aux sirènes des grandes marques. Son fils, Renaud, travaille
avec lui et la relève est assurée.
“Aujourd’hui
les clients deviennent de plus en plus, exigeants, confie Renaud à
son père. Hier, j’ai une cliente qui”…
A ce moment-là, une femme pousse la porte du magasin. “Tiens
la voilà justement”, susurre Renaud.
– Alors,
vous avez réfléchi ?
– Oui, papa, Madame Michu refait sa salle de bains. Elle nous
a acheté une cuisine, il y a 7 ans. Mais elle voudrait également
changer son lave-vaisselle. Elle prétend que nous sommes
obligés de venir reprendre le vieux.
– Tout-à-fait, acquiesce Madame Michu. N’avez-vous
pas entendu parler des nouvelles éco-obligations du commerçant
?
– Mais, chère Madame, si vous voulez que nous vous
reprenions votre lave-vaisselle, nous sommes d’accord, répond
Félix, toujours commerçant et ne voulant pas passer
pour un idiot alors qu’il ne connaît pas le sujet auquel
fait allusion Madame Michu. Une fois, celle-ci partie, il se tourne
vers son fils : “de quoi parlait-elle ?”
– Je n’en sais rien. Je pense qu’il va nous falloir
appeler le syndicat pour en savoir plus.
Le syndicat confirme
: Le 15 novembre 2006, la nouvelle législation voulue par Bruxelles
et introduite dans les textes français le 20 juillet 2005,
entrera en application. Tous ceux qui vendent de l’électrodomestique
devront se soumettre, à l’instar de l’ensemble
de la distribution française, à certaines obligations
comme la récupération des produits électriques
en fin de vie et la mise en place de l’Eco-Participation, taxe
supplémentaire qui devra être clairement affichée
pour le consommateur.
Félix
est outré : “Qu’est-ce que vous me chantez là,
une nouvelle taxe, de nouvelles obligations. Ah, nous sommes bien en
France. C’est encore le petit commerçant qui va payer !
– Mais
non. Vous êtes citoyen ? Il faut donc laisser une planète
propre à nos enfants. Chaque consommateur met au rebut en
moyenne autant de produits qu’il en achète de neuf,
soit 16 kilos par personne. Les efforts déjà mis en
place permettent, grâce au tri sélectif, d’en
collecter déjà environ 2 kilos par an et par personne.
Le législateur a fixé une nouvelle norme de 4 kilos
par habitant. La démarche est intéressante car les
équipements électriques et électroniques utilisent,
en quantités importantes, des matériaux recyclables
ou valorisables (transformables) sous forme d’énergie.
Il y a là un nouveau gisement de matières premières.
Félix
et son fils : “Et qui se charge de la récupération
?”
– Il vous suffit d’adhérer à un éco-organisme
et ils organiseront la collecte.
– Oui, mais je suis tout de même obligé d’aller
chercher le produit chez le consommateur ?
– Il s’agit là d’une pratique commerciale,
De toute façon, vous êtes obligé de livrer le
nouveau.
– Et où, je vais le stocker le produit ? Au milieu de
mon magasin ?
– Ne t’énerve pas papa, intervient Renaud. Comment
cela marche-t-il ?
– Le fabricant est tout d’abord obligé d’adhérer
à un éco-organisme. Les distributeurs sont d’ailleurs
obligés de vérifier que les produits qu’ils commercialisent
sont le fait de producteurs respectant la législation. Dans
ce dessein, le produit doit comporter, depuis le 13 août 2005,
un pictogramme représentant une poubelle barrée. Par
ailleurs, un registre national des producteurs ayant souscrit à
la réglementation sera bouclé le 30 novembre. Ceux qui
ne s’y seront pas inscrits n’auront plus d’existence
légale.
L’Eco-Participation vous est facturée par le fabricant
et vous la refacturez au client final. Le fabricant, lui la reverse
à l’éco-organisme qu’il a choisi. C’est
simple.
– Si on veut bougonne Félix. Mais je n’ai que cela
à faire ?
– Mais oui, ne vous inquiétez pas. Tout se passera bien.
Félix et
Renaud ne partagent pas nécessairement l’optimisme de
leur interlocutrice, mais ils doivent faire contre mauvaise fortune
bon cœur. Bon courage !
n°
85, septembre-octobre 2005 – sommaire
HORIZON
Les meubles de salle de bain – Bain mal acquis
DISTRIBUTION
Dedecker / Cuisines d'Allemagne
Eco-Participation, récupération
POINTS
DE MIRE
European Recycling Platform – Contribution à
l'éco-citoyenneté
SNEC – Les contours du cadre se dessinent
DOSSIERS
Bouleversements dans la salle de bains
Lorsqu’un marché se porte bien, il attire
de nouveaux acteurs. La salle de bains est en pleine ascension,
dès lors, de nouveaux concepts voient le jour. Saint-Gobain
crée les magasins en libre-service Aquamondo, les coopératives
d’artisans se propagent et commencent à faire parler
d’elles...
Hottes – L'avènement des hottes couture
Informatique – Informatisation versus déflation
SALONS
Dubaï, carrefour des affaires
Furnex Egypte – Construire la pyramide de l’international
Il est toujours intéressant de regarder les futurs grands
lors de leur adolescence. Nous l'avons vu, l'industrie du meuble
égyptienne connaît un développement spectaculaire
tant qualitatif que quantitatif.
Le salon Furnex est le reflet de cette industrie qui refuse la
facilité des prix bas, fait des efforts démesurés
vers le design avec une initiative sans doute unique au monde
dont "Le Cœur" (The Core) est la concrétisation.
Maison & Objet – Exotique et chic
|