Chiffres & cotes

Écrit par Pierre Main on 12 Janvier 2012. Posted in Chiffres & cotes

Les séances de baisse se suivent et se ressemblent. La crise des endettements souverains ressemble à une pièce de théâtre à suspense, dont le dénouement, régulièrement ajourné, promet d’être aussi spectaculaire qu’effrayant.

Descente aux abysses

le taureau de wallstreet terrassé

Jusqu’à quel niveau le CAC 40 peut-il tomber ? C’est une question à quelques milliards d’euros, qui pourrait faire la fortune de l’individu détenant la réponse, car il connaîtrait le moment idéal pour entrer sur le marché. Mais, heureusement, la réponse n’est connue de personne. Reste le désarroi, l’incompréhension des investisseurs qui voient mal la logique de ce massacre. Pourtant, elle existe.

Un déficit de bonnes nouvelles

En temps ordinaire, les indices réagissent aux nouvelles (bonnes ou mauvaises) venues de l’environnement économique et géopolitique, et les cours des actions aux perspectives et aux résultats (bons ou mauvais) des entreprises. Les mauvaises nouvelles, comme les mauvais résultats, engendrent des baisses plus ou moins accentuées, qui sont compensées par les bonnes nouvelles et les bons résultats, lesquels engendrent des hausses. Si le bon l’emporte sur le mauvais, la tendance est positive, et inversement. La situation actuelle se caractérise par un déficit évident de bonnes nouvelles. En réalité, la tendance négative observée sur les marchés provient d’une détestable nouvelle, très lourde de conséquences, la dette grecque, qui tient le devant de la scène depuis plus d’un an, et à laquelle viennent s’ajouter d’autres mauvaises nouvelles, plus ou moins liées. Le problème de la dette grecque s’aggrave au fil du temps, faute d’un accord pour en trouver l’issue, impliquant une pression constante des marchés, et s’accompagne d’anticipations catastrophiques dont les trois principales sont : le risque de contamination aux pays fragilisés, le risque d’une récession quasiment mondiale, et le retour d’un resserrement, voire d’une extinction du crédit. Il en faut bien moins pour créer un krach boursier.

Sauver la Grèce ?

C’est plus facile à dire qu’à faire. Depuis que cette bombe est apparue, les autorités européennes n’ont cessé de lanterner avec des solutions bidon. Maintenant, la situation est claire : la Grèce ne peut pas payer et sa population refuse d’en subir les conséquences. Soit la Grèce sort de l’euro, soit l’Union européenne efface la dette (en partie ou en totalité) et lui octroie les moyens de se remettre à flot. Il ne faut pas croire que la dernière solution rétablirait le calme sur les marchés, pour deux raisons : ce serait créer un précédent redoutable (qu’il faudrait “border sévère”), et représenterait un coût énorme qu’il faudrait soutenir pendant au moins une décennie. Cela signifie que nous sommes dans un beau “caca”.

Seule la BCE…

Banque centrale, la BCE est la seule à posséder la capacité de rassurer les marchés, lesquels ont perdu toute confiance dans les autorités européennes, personnifiées par l’inénarrable Barosso. Qu’attend-on de la BCE ? Qu’elle pratique une politique de taux bas, d’affaiblissement de l’euro (vers 1,15 € pour 1 $), et d’assouplissement quantitatif, à l’image de la Fed. En clair, cela veut dire que la BCE émettrait des liquidités et rachèterait des dettes souveraines. Cette politique pourrait créer un climat favorable au FESF, qui, très largement abondé, deviendrait un FME (fonds monétaire européen).L’Allemagne s’oppose radicalement à cette hypothèse, où la BCE devient prêteuse en dernier ressort, car elle serait génératrice d’inflation (de sinistre mémoire outre-Rhin) et surtout lui ferait perdre le bénéfice de ses réformes. A juste titre, l’Allemagne ne tient nullement à signer des chèques en blanc ; à moins qu’elle n’ait l’intention cachée de laisser pourrir la situation pour justifier son retour au mark ? Deux faits sont considérés comme susceptibles de faire évoluer nos voisins germaniques dans le sens d’une évolution du rôle de la BCE, non plus limité à la stricte orthodoxie monétaire. Le premier est que la dernière émission d’obligations souveraines allemandes n’a rencontré qu’un succès médiocre, et la Bundesbank s’est trouvé contrainte d’en acheter près de 40 %. Le second est que le Royaume-Uni emprunte à dix ans au taux très raisonnable de 2,26 % ; ce n’est pas seulement lié au plan de rigueur du gouvernement Cameron, mais au fait que sa banque centrale, la Bank of England, détient 18,2 % de la dette britannique. A titre de comparaison, la BCE ne détient que 2,3 % de la dette publique de la zone euro.

L’économie réelle : socle des richesses

Résumons. Il y a une logique dans ce triste drame. Outre le déficit de nouvelles rassurantes, le manque de confiance qui entoure la sphère financière et monétaire influe forcément sur l’économie réelle. S’il y a pression sur les emprunts d’Etat, il est logique que la pression s’étende aux entreprises des Etats concernés. Cela dit, autant il convient de se tenir à l’écart de ces emprunts, autant on peut “profiter” des cours planchers des meilleures valeurs de la cote, repérables par leur seuil de résistance aux souffles baissiers. Les indices peuvent encore baisser, et le CAC 40 pourrait en effet rejoindre les 2 500 points, voire même un peu moins. Mais, mis à part un effondrement général digne des annonces millénaristes les plus débiles, c’est au sein des entreprises innovantes et bien gérées, cotées ou non, françaises et étrangères, que résident les vraies valeurs et l’unique source de créations de richesses. C’est, en dernier ressort, l’ultime ressource. On peut mettre enfin un terme aux fantaisies irresponsables de la sphère financière, on peut faire plier (à savoir, payer) les banques, et trouver une porte de sortie pour la Grèce, mais à une seule condition : ne pas mettre en péril l’ultime ressource.